Le tulle passe la frontière sur le dos des chiens, les fils de coton sont enroulés autour de la taille des femmes… en réalité, près d’un million de livres sterling de tulle et de coton sont amenés par bateaux et voitures à Calais, Lille, Douai et Saint-Quentin pour y être estampillés frauduleusement.
Il est de notoriété publique en 1843 que les tulles anglais sont très en vogue à Paris où ils se vendent ouvertement dans les magasins. La fraude est donc active avec la complicité de sociétés françaises, parfois aussi avec celle de douaniers.
Le 22 octobre 1842, le paquebot Wellington, reliant Douvres à Boulogne, doit se détourner sur Calais à cause de la tempête, malgré les efforts de son capitaine pour éviter d’entrer dans ce port. La douane découvre du tulle anglais qui aurait dû être débarqué clandestinement à Boulogne pour une valeur de trois mille francs.
En 1843, au Havre, le tulle est découvert à l’intérieur de balles de lin. A Calais, la douane saisit six barils de bière dont le double fond contient du tulle. Le garde-champêtre d’Hames-Boucres remarque une charrette qui, toutes les semaines, traverse de nuit la commune; il s’en approche et constate, sous la paille, qu’elle transporte des ballots de tulle. Il informe le maire Jules de Foucault, lequel se renseigne et découvre que le débarquement du tulle se fait dans la baie de Wissant. La charrette disparaît de la circulation dès qu’il en fait état.
Des balles de tulles et de coton sont saisies au Griz-Nez, scellées hermétiquement, enduites de vases et d’algues, elles sont jetées à la mer, près des côtes par des bateaux pêcheurs. Échouées, elles peuvent être confondues avec des rochers sauf pour les yeux attentifs et exercés des complices qui viennent les récupérer.